Archives de l’auteur

Quand le chien murmure à l’oreille de son maitre … la souffrance (1)

Notre aventure recommence en 1885…chevaux-mine-14-18-2

Voilà le vieux charretier Bonnemort qui vient vers nous. On lui a donné ce nom car on l’a retiré trois fois de là-dedans, en morceau, mais il n’a jamais voulu mourir. Il fait froid, le vent passe avec sa plainte, comme un cri de faim et de lassitude venu des profondeurs. Nous sentons les rafales nous glacer le dos. A chaque bourrasque, le vent parait grandir, comme s’il eut soufflé d’un horizon sans cesse élargi. Il fait noir, noyés que nous sommes dans une nuit si épaisse qu’aucune aube ne blanchit dans le ciel mort où seuls flambent les hauts fourneaux et les fours à coke qui ensanglantent les ténèbres. Après nous avoir indiqué le chemin du Voreux, nous voyons disparaitre Bonnemort de son pas trainard d’invalide avec son gros cheval jaune. Descendant du terril, nous approchons de ce Voreux qui, au fond de son trou avec son tassement de bête méchante, s’écrase davantage et respire d’une haleine plus grosse et plus longue, gêné par sa digestion pénible de chair humaine. Nous arrivons au milieu de bâtiments mal éclairés pleins de trous noirs, inquiétants avec la complication de leurs salles et de leurs étages. Nous sommes glacés. Des courants d’air entrent de partout. Puis, nous voyageons dans un dédale d’escaliers et de couloirs obscurs. Nous prenons notre lampe et nous nous retrouvons devant le puits au milieu d’une vaste salle. Nous nous glissons dans une berline, de longues minutes passent et … Une secousse et tout sombre, nous éprouvons un vertige anxieux de chute qui nous tirent les entrailles. Le froid devient glacial, on s’enfonce dans une humidité noire. En passant devant chaque accrochage, un rapide éblouissement puis on retombe dans le néant avec la pluie assourdissante qui bat les ténèbres. Puis la cage, enfin, s’arrête au fond à cinq cent cinquante mètres. La chute a duré une minute. Nous traversons la salle de l’accrochage. Une odeur de cave suinte des murs. Nous avons à faire deux bons kilomètres dans cette galerie de roulage où nous butons à chaque pas en nous embarrassant les pieds dans les rails. Le sol glissant se trempe de plus en plus. Par moments, nos pieds traversent de véritables mares en un gâchis boueux. La fraicheur du bas du puits a laissé place à un vent glacé dont la violence tourne à la tempête entre les muraillements étroits. Puis à mesure que l’on s’enfonce dans les autres voies, le vent tombe, la chaleur croit, une chaleur suffocante, d’une pesanteur de plomb.  Un grondement se fait entendre. Un train de berlines surgit, tiré par Bataille, le doyen de la mine, un cheval qui a fait dix ans de fond. Depuis dix ans, il vit dans ce trou, occupe le même coin de l’écurie, fait la même tache le long des galeries noires sans avoir jamais revu le jour. L’âge venant, ses yeux de chat se voilent parfois d’une mélancolie. Peut-être revoit-il au fond de ses rêvasseries obscures le moulin où il est né, près de Marchiennes ? Un moulin, entouré de larges verdures, éventé par le vent.  Il reste alors la tête basse, tremblant sur ses vieux pieds, faisant d’inutiles efforts pour se rappeler le soleil. Mais voici que l’on descend un autre cheval. L’émotion est palpable car il arrive parfois que la bête, saisie d’une telle épouvante, débarque morte. Enfin, après trois minutes de descente, il apparait avec son immobilité de pierre, son œil fixe, dilaté de terreur. C’est Trompette, un cheval de trois ans, qui couché sur les dalles de fonte ne bouge toujours pas, semblant dans le cauchemar de ce trou obscur, infini, de cette salle profonde retentissant de vacarme. Alors Bataille s’approche, allonge le cou pour flairer ce compagnon. Il éclate tout à coup d’un hennissement sonore, d’une musique d’allégresse. C’est la bienvenue, la joie de ces choses anciennes dont une bouffée lui arrive, la mélancolie de ce prisonnier de plus qui ne remontera que mort. Enfin, Trompette se remet debout, étourdi, les membres secoués d’un grand frisson. Et on emmène les deux bêtes qui fraternisent. Laissons donc ! Laissons donc ces deux nouveaux amis aller ensemble vers leurs destins où la mine sera leur prison mais aussi un extraordinaire lieu de « fraterquidé ».

chevaux-mine-14-18-3 chevaux-mine-14-18-1

chevaux-14-18

Il nous faut maintenant remonter à la surface. Pour cela, nous échangeons notre casque de gueule noir pour celui d’un poilu. Nous sommes en 1916 à Verdun. Nous sommes derrière la ligne de front. Une puissante odeur de sueur et de fumier empreigne l’atmosphère. Des milliers de chevaux viennent boire à l’abreuvoir vaseux de la Meuse. En approchant des combats, des chevaux embourbés jusqu’au poitrail, tendent leurs muscles à les faire sauter, fument et tirent les charriots d’artillerie. Les chevaux n’en peuvent plus. Partout dans la plaine, ils sont tellement enlisés qu’on est contraint d’abandonner. On nous dit que pendant plusieurs jours, ces pauvres bêtes s’agitent dans la boue, puis meurent d’épuisement. Les balles commencent à siffler. Le bruit assortissant des obus nous tétanise. On entend des cris. Ce ne sont pas des êtres humains qui peuvent crier si terriblement. Une voix hurle : « chevaux blessés ». Nous n’avons jamais entendu crier des chevaux, pouvant à peine le croire. C’est toute la détresse du monde. C’est la créature martyrisée. C’est une douleur sauvage et terrible qui gémit ainsi. Nous sommes devenus blêmes. Une supplique nous parvient : « Nom de Dieu ! Achevez-les donc ». Nous nous asseyons, nous bouchant les oreilles. Mais ces plaintes, ces cris de détresses, ces horribles gémissements y pénètrent quand même. On voudrait se lever et s’en aller en courant, n’importe où, pourvu que l’on n’entende plus ces plaintes…

Notre parcours se termine, de nos jours, plus confortablement, au fond de la salle de consultation d’un vétérinaire.  Nous y voyons arrivé une chienne avec une tumeur de la peau, de la taille d’un ballon, qui balance de droite à gauche tel un battant de cloche qui semble lui annoncer sa mort prochaine, alors que nous ! Nous prenons conseil auprès de notre médecin (et c’est très bien ainsi !) pour un kyste gros comme un petit pois.  Voilà venir cet autre chien dont le corps est, depuis plusieurs mois, couvert de croutes, pustules et ulcères alors que la lèpre a disparu de notre pays.  Tiens, cet autre compagnon semble normal… Oui, mais à plus de deux mètres sinon, plus près, une odeur nauséabonde se dégage. En levant sa babine, au moins 6 abcès dentaires, présents depuis fort longtemps, surgissent, alors que nous ! Nous exigeons un rendez-vous chez notre dentiste dans les 3 jours pour un début de douleur dentaire. Et enfin, enfin arrive ce brave vieux labrador dont chaque pas semble être le dernier et qui s’écroule peu après, essoufflé et épuisé tel un marathonien lors de son arrivée. Ah, s’il recevait régulièrement quel qu’antalgique, sa vie serait sans nulle doute moins douloureuse et plus agréable.          

Notre aventure s’achève maintenant après avoir parcouru 130 ans. Ses étapes nous rappellent le long cheminement de l’homme et de l’animal dans leurs épreuves quotidiennes. Elles retracent aussi une histoire, notre histoire. Celle de ceux dont les aïeuls ont été mineurs de fond. Il est bien de se souvenir d’où l’on vient. Marchiennes n’est pas si loin. Et quel plaisir d’emprunter et de partager le verbe et la verve d’Emile Zola ! Nous avons aussi un peu vécu l’effroi de ces héros de Verdun au seuil du centenaire de cette bataille.                                                                                   

Mais, le principal objectif de notre aventure est de nous permettre d’aborder ce constat :                                                                                                            

– Une souffrance commune, partagée et acceptée entre les mineurs et leurs chevaux au fond de la mine.                                                                                                                                                         

– Une souffrance commune, partagée mais devenue inacceptable entre ces « poilus » et leurs » frères d’armes » équins.  

– Une souffrance non commune, acceptée et non partagée car, peut-être, ignorée et incomprise, entre certains de nos animaux de compagnie et notre société.

Ces distinctions ne sont pas la conséquence de l’évolution générale de l’histoire. Mais des périodes historiques sont révélatrices de ce rapport entre la souffrance humaine et animale.

Alors, dans le silence de votre raison et de votre cœur, observer votre chien ou votre chat. Tendez-lui l’oreille. Ne pensez à rien d’autre. En bonne santé ou pas, écoutez-le murmurer à votre esprit.   Et derrière ce masque animal, derrière cette expressivité étrange car insaisissable, laissez-vous transporter dans une contrée inconnue de vous parce que trop rarement explorée. Une nouvelle aventure commence pour vous… Et pour nous aussi. Mais celle-là sera pour une prochaine fois….

 

Bilan Anesthésie Gazeuse

photo_6photo_2

L’anesthésie générale est un processus qui agit sur l’ensemble du système nerveux et provoque un sommeil profond. Elle est obtenue par injection de produits anesthésiants et/ou inhalation de gaz.

Elle plonge l’animal dans un état d’inconscience avant une procédure médicale, ce qui lui permet de ne ressentir aucune douleur et de n’avoir aucun souvenir ultérieur des soins effectués.